Peut-on s’entraîner quand on est malade ? Ce que dit la science en 2026
Vous êtes malade mais vous ne voulez pas perdre vos gains ? Vous pensez qu’une bonne séance va « nettoyer » votre organisme ? Grave erreur.
Dans ce guide complet, nous analysons les données scientifiques pour comprendre pourquoi s’entraîner malade est non seulement inutile, mais aussi dangereux pour votre santé et vos performances.
Le stress choisi VS le stress subi
Le progrès en entraînement vient du stress que vous choisissez
Quand vous soulevez une barre, quand vous sprintez, quand vous faites du HIIT, vous imposez un stress contrôlé à votre organisme. Vous dosez l’intensité, la durée, la fréquence. Vous récupérez. Vous progressez.
Mais la maladie, c’est un stress que votre corps subit
Vous ne contrôlez pas l’intensité de l’infection. Vous ne dosez pas la charge virale. Vous ne programmez pas la fièvre.
Et c’est précisément pour cette raison que s’entraîner malade ne fonctionne pas.
Dans ce guide, nous allons analyser les données scientifiques, notamment les travaux de Göran Friman, chercheur suédois de référence sur le sujet, pour comprendre ce qui se passe réellement dans votre organisme pendant une infection, et pourquoi l’exercice aggrave la situation.
1. La fièvre diminue la performance avant toute perte musculaire
L’étude de référence : Friman et al., 1985
Dans une étude expérimentale publiée en 1985 dans Acta Medica Scandinavica, Göran Friman et son équipe ont inoculé volontairement un virus (sandfly fever) à des volontaires sains.
Leur objectif : mesurer précisément l’impact d’une infection fébrile sur la fonction musculaire et circulatoire.
Résultats pendant la phase fébrile
Performance musculaire :
- ↓ Force isométrique : baisse de 10 à 30 %
- ↓ Endurance musculaire sous-maximale
- ↓ Coordination neuromusculaire
Performance cardiovasculaire :
- ↓ Volume d’éjection systolique (stroke volume)
- ↓ Débit cardiaque en position debout
- Corrélation significative entre sévérité de la fièvre et diminution du débit cardiaque
Mais alors, pourquoi cette baisse ?
Les chercheurs ont réalisé des biopsies musculaires pendant et après l’infection.
Résultat ?
– Aucune dégradation protéique significative
– Aucune anomalie enzymatique majeure (créatine kinase, LDH, transaminases normales)
– Ultrastructure musculaire préservée
Conclusion : la baisse de performance est centrale et métabolique, non musculaire.
Votre système nerveux central impose un freinage. C’est un mécanisme de protection.
Et vous ne pouvez pas le forcer.
Point clé : La fièvre diminue votre capacité à produire de la force et de l’endurance, indépendamment de votre masse musculaire ou de votre niveau d’entraînement.
2. Conflit énergétique : immunité contre adaptation
Les trois cytokines qui prennent le contrôle
Pendant une infection fébrile, votre système immunitaire libère trois messagers chimiques majeurs : les cytokines pro-inflammatoires.
Pensez à elles comme à trois généraux qui prennent le contrôle de votre organisme.
IL-1β (Interleukine-1 bêta)
Rôle :
- Déclencheur principal de l’inflammation
- Responsable de la fièvre
- Induit la fatigue centrale
- Crée la sensation de « corps cassé »
Message biologique : « On est attaqué. Priorité absolue à la défense. »
IL-6 (Interleukine-6)
Rôle :
- Cytokine à double tranchant
- Utile après l’entraînement (favorise l’adaptation)
- Problématique en cas d’infection
Effets pendant une infection :
- ↑ Catabolisme protéique (vous détruisez plus que vous ne construisez)
- ↓ Récupération musculaire
- ↓ Adaptations à l’entraînement
- Inhibition de la voie mTOR (voie anabolique)
TNF-α (Tumor Necrosis Factor alpha)
Rôle :
- La plus catabolique des trois
- Favorise directement la dégradation musculaire
- Induit l’insulinorésistance
- Bloque la synthèse protéique
Impact global sur votre organisme
Quand ces trois cytokines sont élevées simultanément (ce qui est le cas pendant une infection) :
- ↑ Dépense énergétique basale : +20 à 40 % (votre métabolisme de repos explose)
- ↑ Oxydation protéique : vous perdez des protéines musculaires
- ↓ Disponibilité du glycogène : vos réserves énergétiques chutent
- Inhibition des voies anaboliques : mTOR, synthèse protéique bloquées
Résultat : Votre organisme choisit la survie, pas la progression.
Toutes vos ressources (énergétiques, hormonales, immunitaires) sont mobilisées pour combattre l’infection.
Il ne reste rien pour s’adapter à l’entraînement.
Point clé : Pendant une infection, votre corps mène une bataille énergétique. Ajouter un entraînement, c’est comme demander à un soldat de construire une maison pendant qu’il se bat.
3. L’exercice pendant l’infection aggrave les symptômes
L’étude de Friman & Wesslén, 2000
En 2000, Friman et Wesslén ont publié une revue majeure sur les infections chez les athlètes de haut niveau.
Leur conclusion est sans appel :
L’exercice pendant une infection :
- Prolonge les symptômes
- Retarde la guérison
- Augmente la charge inflammatoire
- Augmente la charge virale (Nieman, 1994)
Augmentation de la charge virale : pourquoi ?
Dans une étude publiée en 1994 dans le Journal of Applied Physiology, David Nieman a montré que l’exercice pendant une infection augmente le nombre de particules virales dans le sang.
Mécanisme :
L’exercice redistribue les cellules immunitaires.
Vos cellules Natural Killer (NK), vos lymphocytes T, vos macrophages… au lieu de rester concentrés sur le pathogène, sont mobilisés pour gérer le stress de l’entraînement (réparation tissulaire, gestion de l’inflammation induite par l’exercice, etc.).
Résultat : le virus se multiplie plus librement.
Et vous restez malade plus longtemps.
L’infection n’est PAS un stress contrôlé
On entend parfois : « Mais l’entraînement aussi, c’est un stress. Et on s’adapte bien à l’entraînement, non ? »
Oui, mais il y a une différence fondamentale :
| Entraînement (stress contrôlé) | Infection (stress subi) |
|---|---|
| Vous choisissez l’intensité | Vous la subissez |
| Vous dosez la durée | Vous ne contrôlez rien |
| Vous programmez la récupération | Votre corps décide |
| Le stress est local (muscles) | Le stress est systémique (tout l’organisme) |
| Vous progressez | Vous survivez |
L’infection est déjà un stress maximal non maîtrisé.
Vous ne pouvez pas le doser. Vous ne pouvez pas l’optimiser.
Vous pouvez seulement le subir.
Point clé : S’entraîner pendant une infection ne maintient rien. Ça aggrave tout : symptômes, charge virale, durée de maladie.
4. Le risque cardiaque : la myocardite
Qu’est-ce que la myocardite ?
La myocardite est une inflammation du muscle cardiaque (le myocarde).
Elle peut être causée par :
- Des virus (notamment coxsackie, adénovirus, influenza)
- Des bactéries
- Des réactions auto-immunes
Symptômes
- Douleur thoracique
- Essoufflement
- Fatigue extrême
- Palpitations
- Parfois : mort subite
Le lien avec l’exercice pendant l’infection
Les travaux de Friman ont été parmi les premiers à documenter que l’exercice pendant une infection virale augmente le risque de myocardite.
Cette observation a été confirmée par Baggish et al. (2017) dans Circulation, qui identifient la myocardite post-infectieuse comme une des principales causes de mort subite chez les jeunes athlètes.
Pourquoi l’exercice augmente-t-il ce risque ?
Mécanisme probable :
- Le virus infecte le myocarde (muscle cardiaque)
- L’exercice augmente la charge hémodynamique (travail du cœur)
- L’inflammation locale s’aggrave
- Le tissu cardiaque se dégrade
- Risque d’arythmie, d’insuffisance cardiaque, voire de mort subite
Le risque est rare, mais les conséquences sont fatales
Oui, la myocardite reste une complication rare.
Mais quand elle survient, les conséquences peuvent être dramatiques.
Et l’exercice pendant l’infection augmente ce risque.
On n’est plus dans le registre de la performance.
On est dans le registre de la santé publique.
Point clé : Le risque cardiaque est réel. Ne le prenez pas à la légère.
5. La règle d’or : quand peut-on reprendre l’entraînement ?
La règle « neck check » (test du cou)
C’est une règle simple, utilisée par de nombreux médecins du sport :
Symptômes AU-DESSUS du cou uniquement (nez qui coule, léger mal de gorge, éternuements)
→ Entraînement léger possible (mais pas recommandé)
Symptômes EN-DESSOUS du cou (toux grasse, fièvre, douleurs musculaires, fatigue extrême)
→ Repos complet obligatoire
La règle ABD (encore plus sûre)
Si vous êtes malade, reposez-vous. Point.
Pourquoi ?
Parce que même un « petit rhume » mobilise votre système immunitaire.
Et que vous ne savez jamais à l’avance si cette infection va rester bénigne ou s’aggraver.
Reprise progressive après guérison
Jour 1 post-guérison : Repos ou marche légère
Jour 2-3 : Reprise progressive (50 % de l’intensité habituelle)
Jour 4-7 : Retour progressif à 100 %
Règle : Si vous ressentez une fatigue anormale, reculez d’un cran.
Point clé : Le repos pendant la maladie n’est pas une perte de temps. C’est un investissement pour reprendre plus vite et plus fort.
FAQ : vos questions sur entraînement et maladie
Vais-je perdre mes gains si je ne m'entraîne pas pendant 1 semaine ?
Non.
La perte de force significative commence après 2 à 3 semaines d’inactivité complète.
Et la perte de masse musculaire, après 3 à 4 semaines.
Une semaine de repos pour guérir ne vous fera pas perdre vos gains.
Puis-je m'entraîner si je n'ai pas de fièvre ?
Si vous avez des symptômes systémiques (fatigue, courbatures, maux de tête), non.
Même sans fièvre, votre système immunitaire est mobilisé.
Et si je fais juste une séance légère ?
Même une séance légère mobilise des ressources énergétiques et immunitaires.
Vous prolongerez vos symptômes.
Puis-je faire du cardio léger (marche, vélo tranquille) ?
Si vous n’avez aucun symptôme systémique et que vous vous sentez bien, une marche légère peut être OK.
Mais dès que vous ressentez de la fatigue, arrêtez.
Comment savoir si je suis vraiment guéri ?
Aucune fièvre depuis au moins 24h
– Aucune fatigue anormale
– Appétit normal
– Sommeil réparateur
– Énergie normale au réveil
Si tous ces critères sont remplis, vous pouvez reprendre progressivement.
Le repos intelligent comme stratégie de progression
Le progrès en entraînement vient du stress que vous choisissez, que vous dosez, que vous contrôlez.
La maladie est un stress que votre corps subit.
Vouloir s’entraîner malade, ce n’est pas de la détermination.
C’est une erreur tactique.
Récapitulatif de ce que nous avons vu :
Ce que dit la science
- La fièvre diminue la performance de 10 à 30 %, de manière centrale (pas musculaire)
- Votre corps mène une bataille énergétique entre immunité et adaptation. Il choisit toujours l’immunité.
- L’exercice pendant l’infection prolonge les symptômes, augmente la charge virale, retarde la guérison
- Le risque de myocardite est réel et potentiellement mortel
Ce qu’il faut faire
Quand vous êtes malade :
- Repos complet
- Hydratation optimale
- Nutrition adaptée (privilégier les protéines, les fruits, les légumes)
- Sommeil de qualité
- Patience
Quand vous êtes guéri :
- Reprise progressive sur 3 à 7 jours
- Écoute de votre corps
- Pas de rush pour « rattraper » les séances perdues
Le repos pendant la maladie, ce n’est pas de la faiblesse.
C’est de l’intelligence stratégique.
Et c’est ce qui vous permettra de reprendre plus vite, et de progresser sur le long terme.
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Sources scientifiques complètes
- Friman G, Wright JE, Ilbäck NG et al., 1985 – Does fever or myalgia indicate reduced physical performance capacity in viral infections? Acta Medica Scandinavica 217: 353-361
- Friman G & Ilbäck NG, 1992 – Exercise and infection-interaction, risks and benefits Scandinavian Journal of Medicine & Science in Sports 2(4): 177-182
- Friman G & Wesslén L, 2000 – Infections and exercise in high-performance athletes Immunology and Cell Biology 78: 510-522
- Nieman DC, 1994 – Exercise, infection, and immunity Journal of Applied Physiology 77(3): 1380-1384
- Baggish AL et al., 2017 – Recommendations on competitive sports participation in athletes with cardiovascular disease Circulation 136: e356-e359
