Le burn-out, un mot devenu universel
On le retrouve dans la presse, dans les conversations d’entreprise, jusque dans les discussions de vestiaire.
Le « burn-out » est entré dans le langage courant. L’OMS le définit depuis 2019 comme un phénomène lié au travail caractérisé par :
- un épuisement physique et émotionnel,
- une perte de sens et de motivation,
- une baisse de l’efficacité perçue.
Mais derrière cette formule anglo-saxonne se cache une réalité multiforme. Au Japon, on parle de karōshi, littéralement « mort par surcharge de travail ». Chez les sportifs, on parle plutôt de syndrome de surentraînement. Et pourtant, les mécanismes sont proches : une exposition prolongée à un stress, sans récupération suffisante, qui finit par épuiser le corps comme l’esprit.
Les sportifs sont-ils protégés ?
On pourrait croire que l’activité physique protège du burn-out. Après tout, des dizaines d’études montrent que l’exercice régulier réduit le stress, améliore l’humeur et diminue le risque de dépression.
Mais l’histoire et la science rappellent que les sportifs ne sont pas immunisés.
- Dans les années 1960 déjà, le cycliste Tom Simpson meurt d’épuisement sur le Tour de France, le corps littéralement vidé.
Voici des exemples plus récents d’athlètes touchés par l’épuisement ou des problèmes de santé mentale qui pourraient remplacer l’exemple de Marco Pantani :
- Simone Biles : La gymnaste américaine qui s’est retirée de plusieurs épreuves aux Jeux Olympiques de Tokyo 2021 en raison de problèmes de santé mentale, illustrant les conséquences de la pression et des attentes extrêmes.
- Naomi Osaka : La tenniswoman qui a fait une pause dans sa carrière après s’être retirée de Roland-Garros en 2021, citant des problèmes d’anxiété et de dépression.
- Michael Phelps : Le nageur le plus décoré de l’histoire olympique a révélé ses luttes contre la dépression et des pensées suicidaires après les Jeux, malgré son immense succès.
- Tom Dumoulin : Le cycliste néerlandais qui a pris une pause dans sa carrière en 2021 puis a finalement annoncé sa retraite prématurée en 2022, citant l’épuisement mental.
Et la recherche confirme :
- Le surentraînement chez les athlètes présente les mêmes marqueurs physiologiques que le burn-out professionnel : troubles du sommeil, fatigue chronique, vulnérabilité accrue à la dépression (Cotobal Rodeles et al., 2025).
- Même chez les amateurs, la quête de performance – le fameux « toujours plus » peut conduire à des comportements à risque (Sebastian et al., 2025).
En d’autres termes : l’activité physique protège quand elle est équilibrée, mais détruit quand elle devient obsessionnelle.
Activité physique : remède ou poison ?
Les travaux récents éclairent ce paradoxe.
-
Prévention :
Une pratique régulière, modérée (3 à 5 h/semaine), réduit nettement les symptômes de burn-out. Les activités collectives, l’endurance douce, les pratiques corps-esprit (yoga, tai chi) améliorent la résilience psychologique (Corbí et al., 2025 ; Mornas et al., 2025).
-
Aggravation :
Au-delà d’un certain seuil, l’activité physique devient un stress supplémentaire. L’excès d’entraînement active les mêmes circuits neuroendocriniens que le stress professionnel : hypercortisolémie, inflammation chronique, perturbation du sommeil. À long terme, cela précipite l’épuisement (Cotobal Rodeles et al., 2025).
En clair : la pratique sportive est une arme à double tranchant.
Burn-out et surentraînement : deux faces d’une même médaille
Que l’on soit manager hyperconnecté ou athlète en quête de performance, les mécanismes convergent :
- Une charge de travail excessive.
- Une récupération insuffisante.
- Une pression (sociale, économique, médiatique).
- Un isolement croissant.
Dans l’entreprise, cela mène au burn-out.
Dans le sport, au surentraînement.
Les symptômes se ressemblent : fatigue persistante, cynisme, perte de plaisir, comportements à risque (alcool, dopage).
Quelles solutions ?
La prévention repose sur une approche systémique, qui dépasse l’individu :
- Rééquilibrer la charge : adapter le travail ou l’entraînement, introduire de la variabilité, respecter des cycles de récupération.
- Favoriser la régularité modérée : plusieurs études récentes confirment l’efficacité d’une pratique physique modérée, mais adaptée au contexte individuel (Mornas et al., 2025).
- Accompagner psychologiquement : thérapies cognitives et comportementales, groupes de soutien, coaching intégratif (Sebastian et al., 2025).
- Innovations : certaines approches émergent, comme les exergames (jeux vidéo actifs) ou les pratiques corps-esprit hybrides, qui combinent mouvement et pleine conscience (Kuehne et al., 2025).
Et l’entreprise dans tout ça ?
Le parallèle avec le sport de haut niveau est frappant.
Dans les deux cas, le risque survient quand la performance devient un absolu, quand le système confond endurance et sacrifice.
La prévention passe alors par des environnements qui :
- valorisent la récupération autant que l’effort,
- encouragent la diversité des pratiques,
- cultivent le plaisir dans l’activité,
- redonnent du sens.
Le sport, équilibre fragile
Le sport n’est ni une garantie, ni un danger en soi.
Il peut être l’antidote au burn-out quand il nourrit l’équilibre, la récupération, le lien social.
Il peut être un accélérateur de l’épuisement quand il est vécu comme une obligation, une fuite ou un excès.
Au fond, la question n’est pas : « Faites-vous du sport ? », mais :
« Comment le sport s’intègre-t-il dans votre vie ? Est-ce une source d’équilibre… ou une pression supplémentaire ? »
Références clés :
- Cotobal Rodeles, S. et al. (2025). Physician and medical student burnout: challenges, strategies, and a call to action. J Clin Med.
- Corbí, M. et al. (2025). Health promotion in universities: the role of physical activity in preventing burnout. Front Psychol.
- Sebastian, M. et al. (2025). Psychological stress and burnout in nursing students: causes, impacts, prevention and treatments. Polish Psychol Bull.
- Mornas, A. et al. (2025). Scoping review of physical activity recommendations in health. Eur J Prev Cardiol.
- Kuehne, S. et al. (2025). Exergames and stress resilience. Front Psychol.
