Tu peux courir vite, soulever lourd, t’entraîner 5 fois par semaine et afficher des performances largement supérieures à la moyenne. Et pourtant, ça ne suffit pas forcément à dire que tout va bien.
C’est l’un des raccourcis que l’on fait facilement lorsqu’on parle de santé du sportif : associer performance physique et bonne santé. Les deux sont évidemment liées, mais elles ne racontent pas exactement la même chose. Un sportif peut être très performant tout en dormant mal depuis des années, en vivant avec des troubles digestifs récurrents ou en présentant un déséquilibre important entre ses différentes qualités physiques.
Pour le coach, la question devient donc intéressante : au-delà de ce que mon sportif est capable de produire, dans quel état le produit-il ?
Un sportif performant n’est pas automatiquement un sportif en bonne santé
La performance mesure une capacité dans un contexte donné.
Un sprinteur court vite. Un powerlifter soulève lourd. Un cycliste développe une grosse puissance sur le vélo. Ces performances nous donnent énormément d’informations sur leurs adaptations à l’entraînement, mais beaucoup moins sur certaines dimensions de leur santé générale. On peut même être suffisamment entraîné pour continuer à performer malgré certains problèmes. Beaucoup de sportifs de très haut niveau présentent des capacités physiques impressionnantes, mais des indicateurs beaucoup moins favorables sur le sommeil ou la digestion. Leur niveau de performance ne fait pas disparaître ces difficultés, il leur permet en partie de performer malgré elles.
C’est une nuance importante. La performance nous montre ce que le sportif peut produire. Elle ne nous dit pas forcément dans quel état il le produit. Pour un coach, cela signifie qu’un bon chrono, un gros squat ou une excellente composition corporelle ne doivent pas automatiquement fermer le dossier « santé ».
Santé du sportif : faut-il vraiment mesurer des dizaines de paramètres ?
Ces dernières années, la longévité a fait apparaître une quantité impressionnante d’indicateurs : âge biologique, variabilité de fréquence cardiaque, glycémie, marqueurs sanguins, composition corporelle, microbiote, hormones, sommeil, capacités physiques…
Tout peut potentiellement apporter une information, mais plus on mesure, plus on risque aussi de perdre de vue une question essentielle : qu’est-ce que cette donnée va réellement changer dans la prise de décision ?
Dans notre vidéo YouTube « Vous êtes sportif mais êtes-vous VRAIMENT en bonne santé ? », on revient justement à une approche plus simple. Plutôt que d’empiler les marqueurs, regarder d’abord quelques fondamentaux comme la capacité cardiovasculaire, la force, le sommeil et la digestion, avec la mobilité intégrée comme une composante de la capacité physique.
Évidemment, la santé ne se résume pas à 4 indicateurs. Mais c’est justement l’intérêt de cette approche : ne pas chercher à tout mesurer, plutôt se concentrer sur quelques repères qui donnent déjà une bonne lecture du terrain. Un modèle n’a pas besoin d’être parfait pour être utile, il doit surtout aider à mieux comprendre et mieux décider.
VO2 max et force : deux réserves physiques particulièrement intéressantes
Parmi les qualités que nous pouvons mesurer sur le terrain, la capacité cardiorespiratoire occupe une place particulière.
Le VO2 max correspond à la quantité maximale d’oxygène que l’organisme est capable d’utiliser pendant un effort intense. On le connaît surtout pour son lien avec la performance en endurance, mais il constitue également un marqueur fortement associé à la santé. En 2024, Lang et ses collègues ont publié une synthèse de 26 revues systématiques représentant plus de 20,9 millions d’observations. Une meilleure capacité cardiorespiratoire était associée de manière cohérente à un risque plus faible de mortalité prématurée et de plusieurs maladies chroniques. Chaque MET supplémentaire de capacité cardiorespiratoire était notamment associé à une diminution de 11 à 17 % du risque de mortalité toutes causes dans les analyses concernées.
Attention à la lecture : cela reste largement de la donnée observationnelle. On ne peut pas en déduire qu’augmenter son VO2 max d’un point produit mécaniquement une diminution précise du risque individuel. Mais comme indicateur de réserve fonctionnelle, le signal est particulièrement solide.
La force musculaire raconte une histoire assez proche. Une méta-analyse de García-Hermoso et ses collègues, portant sur plus de 1,9 million de personnes, retrouvait une association entre des niveaux de force plus élevés et un risque de mortalité plus faible. Cela explique aussi pourquoi la force de préhension est autant utilisée dans les études. Un dynamomètre est simple, rapide et facilement reproductible sur de grandes cohortes. Mais cette simplicité ne doit pas nous faire croire que le grip résume toute la force d’un individu.
Un sportif peut posséder une bonne poigne et manquer de force sur les membres inférieurs. Chez une personne vieillissante, perdre fortement de la force au niveau des jambes n’a évidemment pas les mêmes conséquences fonctionnelles que perdre quelques kilos sur un test de préhension. C’est là que le terrain redevient essentiel. Selon la personne, un squat, une poussée, une traction, un test d’endurance ou un mouvement permettant d’observer la mobilité peuvent compléter le tableau. Le test n’est jamais intéressant uniquement parce qu’il existe. Il l’est parce qu’il répond à une question.
C’est d’ailleurs toute la logique du profilage sportif chez ABD : mesurer pour comprendre, puis utiliser la donnée pour adapter l’accompagnement.
Sommeil et digestion : ce que la performance peut facilement masquer
Le problème avec la force et l’endurance, c’est qu’elles sont visibles. Tu vois immédiatement si quelqu’un court vite ou s’il soulève lourd. Le sommeil est beaucoup plus discret.
Un sportif peut dormir mal depuis 10 ans et avoir fini par considérer que c’est son fonctionnement normal. Il se réveille plusieurs fois, met 1h à s’endormir, ne se sent jamais réellement frais au réveil, mais continue à travailler, à s’entraîner et parfois même à performer.
Chez l’athlète, ce sujet mérite une vraie attention. Le consensus d’experts publié dans le British Journal of Sports Medicine souligne notamment que les sportifs sont exposés à différents facteurs pouvant détériorer leur sommeil : horaires d’entraînement, compétition, déplacements, stress ou anxiété. Il insiste surtout sur la nécessité d’une approche individualisée plutôt que sur une durée universelle valable pour tout le monde.
Cela ne signifie pas que le coach doit devenir spécialiste du sommeil. En revanche, poser quelques questions correctement choisies peut parfois expliquer pourquoi un sportif récupère mal, progresse peu ou accumule de la fatigue malgré un programme qui semble cohérent.
Même chose pour la digestion. Une personne peut vivre quotidiennement avec des ballonnements, des douleurs, un transit très perturbé ou des inconforts après les repas et finir par considérer cela comme normal. Le coach n’a évidemment pas à diagnostiquer la cause ni à traiter une pathologie digestive, mais il doit pouvoir voir qu’il y a un sujet.
Si un sportif dort très mal ou présente des symptômes digestifs importants, ajouter une série de squat ou modifier de 5 % sa charge d’entraînement ne répond peut-être pas au problème principal.
Sur ces questions de récupération globale, le même raisonnement se retrouve dans notre contenu sur le monitoring de la charge : suivre un sportif consiste à comparer ce qu’on lui demande avec la manière dont il y répond, pas uniquement à compter ce qui était prévu dans le programme.
L’âge biologique donne un chiffre simple à une réalité qui ne l’est pas
« J’ai 45 ans mais ma montre m’annonce un âge biologique de 36 ans. »C’est séduisant.
Le chiffre est immédiatement compréhensible et donne l’impression que l’on a réussi à résumer l’état du corps en une seule donnée.
Sauf que l’âge biologique n’est pas une mesure unique et universelle. Il existe différentes approches : marqueurs sanguins, horloges épigénétiques, paramètres physiologiques ou combinaisons de plusieurs variables.
Une grande revue publiée dans Physiological Reviews souligne justement qu’il n’existe actuellement pas de consensus sur une horloge moléculaire de référence permettant de définir précisément l’âge biologique humain. Différents outils appliqués à une même personne peuvent même produire des estimations différentes.
Cela change simplement la manière de les interpréter.
Si un score te donne un âge biologique supérieur à ton âge chronologique, cela ne signifie pas que ton corps est littéralement devenu celui d’une personne de 55 ans. Pour un coach, la règle est assez simple : ne demande jamais à un chiffre de raconter plus que ce qu’il mesure réellement.
Ce qu’un coach peut observer sans se prendre pour un médecin
C’est probablement le point le plus important de tout l’article.
Élargir sa vision de la santé du sportif ne veut pas dire médicaliser le coaching.
Un coach peut observer une baisse de performance, tester certaines qualités physiques, questionner la qualité du sommeil, identifier des symptômes rapportés par son client et suivre leur évolution. Il peut aussi croiser ces informations avec la charge d’entraînement et comprendre qu’une difficulté ne vient peut-être pas uniquement du programme.
En revanche, il ne diagnostique pas une apnée du sommeil, une pathologie digestive, une maladie cardiovasculaire ou un trouble hormonal.
Quand un signal sort de son champ de compétence, la bonne décision n’est pas de chercher un nouveau protocole Instagram. C’est d’orienter vers le professionnel compétent.
Cette frontière est importante parce qu’elle évite deux erreurs opposées.
La première consiste à rester enfermé dans l’entraînement et à considérer que tous les problèmes se corrigent avec une programmation différente. La seconde consiste à vouloir devenir médecin, nutritionniste, psychologue et spécialiste du sommeil en même temps.
Le bon coach reste coach. Mais il développe suffisamment sa lecture du sportif pour savoir quand adapter son travail et quand passer le relais.
La formation Coach Profilage repose justement sur cette logique : observer, tester, interpréter et utiliser les informations disponibles pour individualiser davantage l’accompagnement, sans transformer le test en finalité.
Mesurer moins, mais mesurer ce qui change réellement une décision
On peut aujourd’hui accumuler énormément de données sur un sportif.
La vraie compétence n’est plus forcément de réussir à en collecter davantage. Elle consiste à savoir lesquelles ont réellement une valeur pour la personne que tu accompagnes.
Si ton sportif est extrêmement fort mais s’essouffle très rapidement, sa capacité cardiovasculaire mérite peut-être davantage d’attention. S’il possède un excellent VO2 max mais perd progressivement sa force et sa masse musculaire, la priorité sera différente. S’il ne récupère jamais alors que sa programmation semble cohérente, le sommeil mérite d’être interrogé avant d’ajouter encore un outil de récupération.
C’est aussi pour cette raison qu’un suivi régulier peut être plus intéressant qu’un bilan gigantesque réalisé une fois. Une donnée devient beaucoup plus utile lorsqu’elle permet de détecter une évolution, de tester une hypothèse puis d’adapter l’intervention.
