Il y a des choses que j’ai enseignées il y a 20 ans que je ne présenterais plus aujourd’hui de la même manière. Et c’est probablement l’un des sujets les plus intéressants lorsqu’on parle des mythes de l’entraînement sportif : certaines croyances n’étaient pas forcément absurdes à leur époque. Elles correspondaient aux connaissances disponibles, à l’expérience de terrain ou à ce qui était transmis dans les formations. Puis la recherche avance, les méthodes évoluent et certaines certitudes doivent être revues.

Pour un coach, ce n’est pas un problème de changer d’avis. Le problème serait plutôt de continuer à défendre une méthode uniquement parce qu’on l’a toujours enseignée.

En sciences du sport, les certitudes évoluent

Pendant longtemps, une grande partie de la préparation physique s’est construite à partir de l’expérience des entraîneurs. Certaines pratiques fonctionnaient, elles étaient transmises puis devenaient progressivement des normes.

L’arrivée d’une littérature scientifique beaucoup plus accessible a permis de remettre certaines choses à plat. Mais nous sommes parfois passés d’un excès à l’autre : une étude remettait une méthode en question et nous supprimions presque toute la méthode. Quelques années plus tard, de nouveaux travaux montraient que la réponse dépendait du protocole, de la durée, du niveau du sportif ou simplement de la question posée.

La science ne consiste donc pas à remplacer une ancienne vérité par une nouvelle vérité définitive. Elle nous aide surtout à mieux comprendre pour qui, pourquoi et dans quelles conditions une méthode est pertinente.

Les étirements montrent bien comment une recommandation peut devenir trop catégorique

Pendant des années, les étirements étaient presque systématiques. Avant l’entraînement, après la séance, pour récupérer, gagner en souplesse ou prévenir les blessures.

Puis le discours s’est inversé. Il ne fallait plus s’étirer avant l’effort parce que cela réduirait les performances, ni après parce que cela ajouterait une contrainte à un muscle déjà fatigué. Nous sommes parfois passés d’un « il faut toujours s’étirer » à un « il ne faut surtout plus s’étirer ».

Aujourd’hui, la réponse est beaucoup plus nuancée. Une méta-analyse publiée en 2024 confirme qu’un étirement statique prolongé peut diminuer temporairement la force maximale, notamment lorsque la durée d’étirement devient importante. Cela ne justifie pas pour autant de supprimer tous les étirements de tous les échauffements.

Après l’effort, il faut également distinguer les objectifs. Si tu cherches spécifiquement à accélérer la récupération de la force ou à diminuer fortement les courbatures, les données ne donnent pas un avantage évident aux étirements. Si ton objectif concerne la souplesse ou le maintien d’une amplitude articulaire, la question n’est plus la même.

Le bon raisonnement n’est donc pas de savoir si les étirements sont « bons » ou « mauvais ». Il consiste à savoir pourquoi tu les utilises, à quel moment et avec quel dosage.

Proprioception et instabilité : ni magie, ni exercice inutile

Même mouvement de balancier avec la proprioception.

Dans les années 2000, les BOSU, ballons et plateaux instables étaient partout. Si tu voulais travailler la proprioception, tu devais presque obligatoirement rendre l’exercice instable.

Puis le milieu de la préparation physique a fortement critiqué ces méthodes, notamment parce que l’instabilité limite souvent la quantité de force que le sportif peut produire.

Encore une fois, les deux positions sont trop simples.

Si ton objectif est de développer un maximum de force, une surface stable est généralement plus adaptée. En revanche, lorsque tu souhaites travailler certaines capacités d’équilibre, de contrôle ou exposer progressivement ton sportif à des perturbations, l’instabilité peut avoir un intérêt.

C’est d’ailleurs la logique que nous développons dans notre article consacré à la programmation des squats en instabilité. L’exercice n’est pas utile simplement parce qu’il est instable. Il devient intéressant lorsque cette contrainte répond à un objectif précis.

L’acide lactique : quand une explication simple survit trop longtemps

Autre classique des croyances en entraînement sportif : « l’acide lactique ».

Pendant longtemps, il a servi à expliquer beaucoup de choses. Les jambes qui brûlent pendant l’effort, la fatigue, parfois même les courbatures du lendemain.

Notre compréhension du lactate a largement évolué. Il ne s’agit pas simplement d’un déchet qui s’accumulerait dans le muscle jusqu’à provoquer la fatigue. Le lactate participe au métabolisme énergétique, circule entre différents tissus et peut lui-même être utilisé comme substrat.

Ce sujet montre bien comment naissent certains mythes. Une explication simple est facile à comprendre, à mémoriser et à transmettre. Une fois installée dans les cours et dans le vocabulaire des sportifs, elle peut continuer à circuler pendant des années alors que notre compréhension du mécanisme a déjà changé.

Pour un coach, le risque n’est pas de simplifier. Nous sommes obligés de simplifier pour transmettre. Le risque est de simplifier au point de transformer une explication pédagogique en fausse certitude physiologique.

Même la perte de graisse localisée mérite un peu plus de nuance

Autre affirmation longtemps considérée comme réglée : la perte de graisse localisée n’existerait pas.

Cette règle reste très utile pour combattre les promesses du type « fais des abdos pour perdre du ventre ». Faire travailler un muscle ne signifie évidemment pas que la graisse située juste au-dessus va disparaître automatiquement.

Mais certaines recherches plus récentes invitent à être un peu moins définitif. Un essai randomisé publié en 2023 a par exemple observé une réduction plus importante de la graisse du tronc lorsque du travail abdominal était associé à de l’endurance, comparativement à de l’endurance seule. L’effectif était faible et le protocole particulier, donc cela ne permet absolument pas de transformer la perte localisée en nouveau principe d’entraînement.

En revanche, cela suffit pour nous rappeler une chose : plusieurs expériences qui ne retrouvent pas un effet ne démontrent pas forcément que le phénomène est impossible dans toutes les conditions.

La bonne réponse reste donc très simple sur le terrain : ne promets pas à ton client qu’il va perdre du ventre en faisant des crunchs, mais évite également de transformer l’absence de résultat de certains protocoles en loi physiologique absolument définitive.

Le vrai piège : transformer chaque nouvelle étude en nouvelle règle

Aujourd’hui, l’accès à la science du sport n’a jamais été aussi simple.

Le problème est que cela facilite aussi les mauvaises interprétations.

Tu peux lire uniquement le résumé d’une étude, récupérer le chiffre qui t’intéresse et transformer un résultat obtenu sur 12 participants en nouvelle méthode universelle. Pourtant, ce qui compte ne se limite jamais au résultat final. Il faut regarder la population étudiée, la manière dont le protocole a été construit, les abandons éventuels et surtout la proximité avec la situation du sportif que tu accompagnes.

Même une méta-analyse ne dispense pas de réfléchir. Elle regroupe plusieurs études, mais elle dépend toujours de leur qualité, de leurs protocoles et des populations étudiées. Nous avons justement développé ce sujet dans notre article Méfiez-vous des méta-analyses en sciences du sport et en prépa physique. Le niveau de preuve augmente, mais le contexte ne disparaît jamais.

Une étude nouvelle est donc une information supplémentaire. Elle ne doit pas devenir automatiquement une nouvelle consigne d’entraînement.

Se former, c’est aussi apprendre à corriger ce qu’on savait

Quand tu débutes comme coach, tu cherches naturellement des règles. Combien de séries ? Quelle intensité ? Quand s’étirer ? Quelle amplitude utiliser ? Quel exercice choisir ?

Ces repères sont nécessaires pour construire une pratique. Mais avec l’expérience, tu comprends progressivement qu’une grande partie de ces règles dépend du contexte, du sportif et de l’objectif.

Cela ne veut pas dire que tout se vaut. Au contraire, le coach doit être capable de prendre des décisions. Mais il doit aussi pouvoir les remettre en question lorsque suffisamment d’informations nouvelles apparaissent.

C’est là que la formation continue du coach sportif prend tout son sens. Elle ne sert pas simplement à accumuler de nouvelles méthodes. Elle permet aussi de revisiter ce que l’on pense déjà savoir, de vérifier si nos explications tiennent toujours et de faire évoluer notre manière d’enseigner.

Changer d’avis lorsqu’un ensemble de données le justifie n’est pas un manque d’expertise. C’est souvent exactement l’inverse.

Ce que cela change concrètement dans ta pratique

Tu n’as pas besoin de modifier ton programme à chaque publication scientifique.

Lorsqu’un nouveau résultat apparaît, commence par regarder s’il est cohérent avec ce que l’on sait déjà. Vérifie la population étudiée, le protocole et l’importance réelle de l’effet observé. Puis pose la question la plus importante : est-ce que cette nouvelle information change réellement quelque chose pour le sportif que j’accompagne ?

Si la réponse est non, tu peux très bien continuer comme avant.

Si plusieurs études commencent à converger et que ton ancienne pratique repose surtout sur une croyance transmise depuis 20, il devient peut-être temps de la faire évoluer.

C’est ce rapport entre science et terrain qui reste essentiel. L’expérience permet de comprendre les contraintes réelles du coaching. La recherche empêche notre propre expérience de devenir une vérité universelle.

 

Les mythes de l’entraînement sportif ne naissent pas toujours d’idées complètement absurdes. Ils viennent parfois de connaissances incomplètes, d’observations de terrain ou d’études que l’on a généralisées un peu trop vite.

Les étirements n’ont pas disparu parce que certains protocoles peuvent temporairement réduire la force. Le travail en instabilité n’est ni la définition de la proprioception, ni une pratique inutile. Le lactate n’est pas le déchet responsable de tout ce qu’on lui attribuait. Et même certaines certitudes très installées méritent parfois d’être rouvertes lorsque de nouvelles données apparaissent.

Le but n’est pas de remplacer les anciens dogmes par de nouveaux.

Un bon coach n’est pas celui qui ne s’est jamais trompé. C’est celui qui sait remettre suffisamment souvent ses connaissances à jour pour ne pas transformer ce qu’il a appris hier en vérité définitive.

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